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S.E.M. Félix HOUPHOUËT-BOIGNY

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HOMMAGE A
 
S.E.M. Félix HOUPHOUËT-BOIGNY
 
Président de la République de Côte d’Ivoire (1960 - 1993)


mardi 7 décembre 1993

 
 

"La messe fut belle. Deux mois, après son décès, officiellement annoncé le 7 décembre, Houphouët-Boigny a été magnifiquement enterré chez lui, à Yamoussoukro, devant sa famille, ses amis, une vingtaine de chefs d`Etats les délégations de plus de 140 pays. Le cardinal Bernard Gantin, légat du
pape, concélébra la cérémonie avec des dizaines de prêtres vêtus de chasubles violettes, la couleur liturgique de deuil. Il le fit avec simplicité, dans le décor éclatant de la basilique offerte par le Vieux au Pape, en 1990. Une centaine de journalistes du monde entier purent décrire à loisir la beauté des cantiques latins et des vitraux, la qualité des invités. Jerry Rawlings serrant la main de son voisin de prie-dieu Gnassingbé Eyadéma, Paul Biya et Abdou Diouf se donnant l`accolade, Laurent Fabius à la droite de Michel Rocard, François Mitterrand obligeant, au dernier moment, le protocole présidentiel à improviser une solution (en l`occurrence l`ajout entre les deux hommes d`une place pour Daniel Kablan Duncan) qui lui éviterait de se retrouver, comme le réclamaient les usages diplomatiques, assis à côté du doyen d`âge Mobutu…
Il n`y avait pas, cependant, la foule attendue. 20 000 personnes tout au plus... 7 000 invités à l`intérieur de la basilique, une quinzaine de milliers sur le parvis, quelques centaines sur les pelouses. Trop impressionnés par la présence de tant de grands de ce monde, les Ivoiriens avaient sans doute préféré suivre la messe de loin; à la télévision. Ils étaient peut-être, aussi, un peu las de ces deux mois de deuil.
Indifférence ? Certainement pas, puisque le lendemain, des dizaines de milliers de personnes défilent à nouveau dans la salle de conférence de la fondation Houphouët-Boigny où la dépouille mortelle est exposée pour la dernière fois.
Le lendemain, ceux qui assistaient aux obsèques ont certainement songé, eux aussi, qu`après Houphouët rien ne serait plus comme avant. Les membres de l`imposante délégation française, en particulier, ont vécu cette cérémonie comme la fin d`une époque. Jacques Foccart, trop fatigué, n`y assista pas. Il s`était rendu la veille, très tard et en dépit de grandes difficultés pour marcher, à la fondation Houphouët-Boigny pour saluer son vieil ami. Mais on vit, en revanche, les technocrates et les amis, les diplomates et les hommes d`affaires, la gauche et la droite, la vieille et la nouvelle génération, bref, le ban et l`arrière-ban des Messieurs Afrique de la France assister, ensemble, à la cérémonie.


Trois heures plus tard, lors d`une brève réunion des chefs d`Etat de la zone franc, cette délégation consensuelle administra la preuve de la nouvelle homogénéité du discours français sur Ies questions africaines. Allocution de François Mitterrand, allocution d`Edouard Balladur... Nous savons que vous avez des problèmes, nous vous aiderons, mais vous devez comprendre que les temps ont changé. Qui, de la délégation française, souhaitait vraiment prendre le temps d`écouter les délégations africaines, moins d`un mois après la dévaluation de 50 % du FCFA ? Le Tchad, par exemple, avait prévu de réclamer 10 milliards de FCFA pour boucler le plan de financement de son budget postdévaluation. Il en fut - comme beaucoup d`autres - pour ses frais. Le Concorde présidentiel et le Falcon d`Edouard Balladur devaient décoller l`un après l`autre à 18h10. Or, la messe ne démarra qu`à 13 heures, avec près de deux heures de retard. Alors, les récriminations et autres demandes financières des chefs d`Etat…
Dans la basilique de Yamoussoukro, le 7 février, il y avait aussi tous ceux qui , désormais, feront ou déferont la Côte d`Ivoire. Alassane Ouattara, qui n`ôta à aucun moment ses lunettes noires, et son épouse française, avaient été placés au troisième rang, avec les chefs des délégations étrangères qui n`étaient pas conduites pas leurs présidents ou leurs souverains. Henri Konan Bédié, arrivé le dernier avec le cortège, prit place tout à fait devant, à côté de Thérèse, la veuve.
Pour le président ivoirien, l`état de grâce prenait fin ce jour-là. Bédié le savait si bien qu`il avait convoqué, à Yamoussoukro, tous les secrétaires généraux du Parti Démocratique de Côte d`Ivoire pour une réunion supposée se tenir dès le 7 février. Objectif : Briser dans l`œuf toute suggestion visant à organiser de nouvelles élections pour désigner le remplaçant d`Houphouët à la présidence du parti. La précipitation du chef de l`Etat prouve à quel point l`homme est inquiet. Sa crainte d`être la victime impuissante d`un raz de marée d`ambitions, de revendications et de revanches trop longtemps contenues sous Houphouët n`est peut-être pas totalement injustifiée.

Du décès de Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre, jusqu`à son enterrement deux mois plus tard, les Ivoiriens ont observé une trêve politique et sociale qui n`a souffert aucune entorse. Pas une critique, pas un commentaire déplacé... La dévaluation du franc CF A, le mécontentement des syndicats consécutif aux hausses de prix, la querelle Bédié - Ouattara ont -presque -été vécus comme des événements mineurs au regard de l`Evénement: les obsèques de Félix Houphouët-Boigny, père des indépendances africaines et de la nation ivoirienne. Le leader de l`opposition, Laurent Gbagbo, comme les syndicats, avait accepté et respecté la règle du jeu : repousser au lendemain du 7 février toute forme de contestation ou de revendication. Les barons du Parti démocratique de Côte d`Ivoire ont fait de même, acceptant de taire pour quelques semaines leurs rivalités internes.
Dès le début des funérailles officielles, le 10 janvier, la Côte d`Ivoire a baigné dans une atmosphère de deuil à laquelle il était, à vrai dire, impossible d`échapper. Retransmises dans leur intégralité à la télévision, commentées chaque jour sur quatre à huit pages dans le quotidien gouvernemental Fraternité Matin, les étapes successives de cet enterrement hors du commun ont été scrupuleusement suivies par toute la population, qui a souvent redécouvert à cette occasion des traditions oubliées.

Il y a d`abord eu, à Yamoussoukro, les condoléances du pays profond : pendant plus de deux semaines, Marie- Thérèse Houphouët-Boigny et la proche famille du Vieux ont reçu des délégations venues de toute la Côte d`Ivoire. Aucune ne devait dépasser trois cents personnes. Elles ont fréquemment atteint mille, voire deux mille ou quatre mille membres. Elles étaient accompagnées de tam-tams parleurs, de joueurs de cor, de pleureuses traditionnelles ou de chorales. Des formules furent échangées.
"Nous pensions que le baobab sur lequel les oiseaux venaient se percher s`était juste penché", dirent ainsi les femmes du département de Sassandra. "Malheureusement, il est tombé, laissant les oiseaux sans perchoir", répondit le porte-parole de la famille d`Houphouët. "Il a tant oeuvré au bonheur des Ivoiriens qu`il n`a jamais connu le sommeil", affirma le messager du peuple Krou. Quant aux représentants de Bouaflé, ils vinrent, "ayant appris que le chef suprême était souffrant", avec leurs guérisseurs, pour "constater avec douleur que l`aigle était resté au sol". Avant de repartir, les délégations déposèrent, conformément à la tradition baoulé, des milliers de présents: argent, pagnes kita, poissons, atiéké, bananes, manioc, ignames, riz, moutons, boeufs...


Seconde étape de ce marathon funéraire, le retour du corps à Abidjan et l`exposition de la dépouille mortelle au grand salon du palais présidentiel. Entre le 2 et le 5 février, diplomates, hommes politiques, religieux, syndicalistes, ou... rien du tout, viennent à leur tour rendre hommage au défunt. Le corps -conservé au formol par les thanatopracteurs ivoiriens -est étendu dans un caisson de verre réfrigéré posé sur un lit de fleurs aux couleurs du drapeau national. Un catafalque surmonté d`un blason marqué des initiales "HB" encadre le cercueil, devant lequel des milliers de personnes, souvent vêtues de l`un ou l`autre des six modèles de pagnes de deuil, défilent, ne s`arrêtant que le temps d`un bref hochement de tête. Dans les jardins du palais présidentiel, des haut-parleurs diffusent requiems et chants grégoriens.


Mercredi 3 à 21 heures, une trentaine de chorales animent pendant près de trois heures une veillée funèbre à laquelle participent le chef de l`Etat Henri Konan Bédié et la plupart des membres du gouvernement. Jusqu`au nouveau départ du corps pour Yamoussoukro, le 5, des chorales se relaieront pour le veiller. Samedi, le cortège, s`ébranle enfin. La population a été invitée à se rendre en masse sur le trajet. A pied. Car, ce jour-là, toute circulation dans les environs du parcours est interdite. Seule une partie des quelque six cents journalistes accrédités parviendront à se hisser dans le bus autorisé à suivre le convoi. Les autres attendront le lendemain... Tous les hôtels, les écoles ont été réquisitionnés. Les habitants en profitent pour faire des affaires, louant des chambres à 50000 F CFA la journée. On attend … 6.000.000 personnes. La basilique n`offre que 8.000 places. A charge pour le ministre de la Défense, Léon Konan Koffi, président du comité d`organisation, et pour le maître d`œuvre du protocole présidentiel, l`inévitable Georges Ouegnin, de résoudre cette impossible équation. Ils y passeront une grande partie des nuits précédant l`enterrement, aidés, sur la plan logistique, par du matériel sénégalais, marocain, burkinabé et français.
Dimanche soir, alors que dans les rues de Yamoussoukro la centaine de milliers de participants à la marche du PDCI achève de se disperser, les délégations officielles sont annoncées. Elles seront logées à l`Hôtel Président, qui leur est réservé, ou dans la Maison des Hôtes.

Soixante-dix-huit officiels, parmi lesquels presque tous les hauts responsables français, sans exception. François Mitterrand, Edouard Balladur, Philippe Seguin, président de l`Assemblée Nationale, er René Monory, président du Sénat. L`ancien président Valéry Giscard d`Estaing, Pierre Messmer, Jacques Chirac, Raymond Barre, Pierre Mauroy, Maurent Fabius, Michel Rocard et Edith Cresson pour les anciens Premiers Ministres, ainsi, entre autres, que Michel Roussin, Hervé Bourges et Jean-Christophe Mitterrand."

GÉRALDINE FAES, envoyée spéciale à Yamoussoukro, "Jeune Afrique" n°1727, 10 février 1994

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Avis de décès N˚ 115 





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